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Andragogie: les 6 principes de Knowles illustrés par des exemples concrets de mise en application

Andragogie: vote des participantsL’andragogie, ou les principes de l’éducation aux adultes, est une discipline apparue en 1833. En 1967, Knowles, que nous connaissons pour ses travaux sur les dynamiques des groupes, formalise six principes fondateurs de l’andragogie.

Ces principes de Knowles questionnent la relation entre le formateur et l’apprenant, entre les apprenants eux-mêmes et la manière dont nous pouvons soutenir l’apprentissage.

Nous souhaitions vous rendre visible, à côté de ces principes, des exemples concrets qui les illustrent et que nous pratiquons nous même en formation, en médiation territoriale, en facilitation.

Nous vous souhaitons une très agréable lecture .

Andragogie

Premier principe: l’apprentissage est lié à l’intérêt de l’apprenant, pas celui du formateur

Selon Knowles

Pour l’apprenant son comportement est toujours orienté vers un objectif précis, puisqu’il veut tout simplement prendre son apprentissage en main. Il ne s’intéressera donc qu’aux éléments de l’apprentissage qui lui seront utiles.

En se basant sur ce premier principe de l’andragogie, il est important de faire le point pour avoir une idée concernant les envies de l’apprenant.

Selon l’équipe des vigies

Lorsque nous animons une formation, nous nous basons sur la compréhension des intérêts des participants. Sauf que tous les participants sont loin d’être à l’aise avec le fait de dévoiler leurs intentions en groupe.

Lors des formations que nous animons, nous téléphonons souvent aux participants, bien en amont, pour un échange en duo. Nous ne communiquons jamais avec eux par e-mail car l’écrit ne permettra jamais de ressentir toutes les subtilités émotionnelles que nous pouvons percevoir dans la voix. Nous ne faisons jamais de formulaire exactement pour la même raison.

Le jour de la formation nous nous doutons bien qu’une partie des participants ne sera pas à l’aise de dévoiler ses intentions profondes devant un groupe, surtout s’il s’agit de collègues. Nous prenons le temps de poser un cadre “sécurisant” qui fera que, progressivement, les participants dévoileront leurs véritables souhaits liés à la formation.

Deuxième principe de l’andragogie: l’apprenant doit pouvoir orienter son apprentissage

Selon Knowles

S’il participe dans la prise de décision et dans la planification de l’expérience d’apprentissage, l’apprenant apprendra mieux. C’est le deuxième principe de l’andragogie.

Il est aussi important d’avoir une relation égalitaire entre lui et son formateur.

Par ailleurs, il doit être impliqué dans la détermination des objectifs liés à son processus d’apprentissage, ainsi que dans l’évaluation des résultats obtenus.

Selon l’équipe des vigies

Voici deux approches que nous utilisons pour que les participants puissent s’auto-évaluer :

Le matin des journées de formation, nous invitons les participants à prendre un temps individuel pour écrire dans leur carnet là où ils aimeraient être arrivés en fin de journée. Ces notes sont les leurs et nous ne leur demanderons jamais de les dévoiler. En fin de journée, nous invitons les participants à prendre à nouveau un temps pour voir où ils en sont (5 minutes) puis de participer à un temps collectif que nous nommons rétrospective (qui dure jusqu’à 20 minutes). L’alternance de ce temps individuel puis collectif est particulièrement appréciée par les participants.

À la fin d’une session, nous invitons souvent les participants à s’écrire une lettre papier à eux-mêmes. Nous leur expliquons le principe de l’auto-évaluation et leur indiquons que nous posterons leur lettre dans une année environ. Nous nous engageons envers eux à ne jamais lire les messages que ces courriers contiennent, c’est un point très important.

Troisième principe: l’apprentissage se base sur des expériences vécues

Selon Knowles

Au fil des années passées, le stagiaire a sûrement acquis un bagage expérientiel qui teinte les nouveaux apprentissages.

Par ailleurs, il faut savoir que si le point de départ est un problème ou une difficulté à résoudre, l’apprentissage se réalise mieux.

En se basant sur ce principe de l’andragogie, le formateur doit reconnaitre et utiliser les compétences acquises par le stagiaire.

Pour cela, il suffit de donner au stagiaire la chance de parler de ses expériences précédentes.

Selon l’équipe des vigies

Dans une formation que nous animons sur la “facilitation et la médiation territoriale”, les participants viennent pour approfondir leur habileté à communiquer avec des personnes issues de mondes très différents : hauts fonctionnaires de l’état, représentants de syndicats agricoles, élus de collectivités, chercheurs, entrepreneurs sociaux, militants associatifs portant des actions environnementales, climato-sceptiques, etc., et autant de profils surprenants.

En début de cette formation nous demandons à tous les participants de raconter deux moments marquants de leur vie où ils ont appris quelque chose qui les a transformés et qui leur a permis par la suite de dialoguer avec des personnes différentes. Nous laissons du temps aux participants, dessinons une grande frise au sol. Au bout de dix minutes, nous invitons le participant ayant l’histoire la plus ancienne à débuter.

Demandez aux participants de raconter des événements marquants où ils ont appris une nouvelle faculté et ils vous parleront de ce que vous-même ne pouvez pas deviner: ils vous parleront parfois de ce que leurs grands parents leur on transmis, leur expérience de la communion nationale à la coupe du monde de football de 98 ou au recueillement suite à des attentats, le soutien d’inconnus après un burnout, une rencontre qu’ils ont faite des années en amont et qui les a amenés à appréhender les choses différemment…

Nous animons même ce type d’exercice au sein de formation dans la fonction publique d’état où les confidences personnelles sont mal vues dans le cadre professionnel. C’est particulièrement important. Inviter les participants à parler uniquement d’expériences professionnelles est un peu un gâchis. Où pensez vous par exemple que la majeure partie d’entre nous développe des habiletés relationnelles, quelles qu’elles soient? Au cours de dizaines d’années au sein d’une famille (ou en dehors) ou en deux ans au sein d’une organisation ?

Quatrième principe de l’andragogie: l’invitation à la pratique réflexive ou l’art d’inviter les stagiaires à réfléchir par eux-mêmes à leurs apprentissages

Selon Knowles

Souvent, le stagiaire auto-évalue ses apprentissages antérieurs pour en tirer des leçons.

De cette façon, il fait valoir la pratique réflexive, qui est une méthode reconnue en andragogie.

Pour aider le stagiaire, le formateur doit mettre à sa disposition les outils nécessaires pour qu’il réfléchisse à ses apprentissages. Par ailleurs, il est important de faire le point après chaque période d’apprentissage pour savoir ce que le stagiaire souhaite apprendre par la suite.

Selon l’équipe des vigies

Nous essayons de tout faire pour que les participants soient à l’aise avec le fait de ne pas savoir. Selon notre ami le neuroscientifique Firestein, le système éducatif a généré une vague d’individus ayant comme phobie “d’être perçus en public comme des personnes qui ne savent pas“. Et ceci à force d’obliger les personnes de réciter des informations normées à des questions normées qui sont posées ; puis de les comparer. En tant qu’accompagnateurs il sera donc particulièrement important de ne pas rejouer un tel système.

Le mois dernier , Alyssa animait une formation sur les approches “d’intelligence collective”. Elle a donné une étude de cas aux participants qui impliquait une équipe et des conflits. Chaque participant a dessiné ou décrit, sur une grande feuille A2, comment il pourrait intervenir en tant que membre de l’équipe pour faciliter la situation. Chaque participant a donc imaginé, en quelque sorte, une méthodologie. Après 30 minutes chaque participant a à tour de rôle expliqué ce à quoi il avait pensé sans qu’il y ait le moindre échange entre les participants ou d’intervention de la part de la formatrice. A la fin du tour de présentation la formatrice a clos l’exercice et a simplement proposé une nouvelle étude de cas. En tant que formateur trouver le bon moment pour présenter une connaissance est un travail.

En tant que formateurs, le plus difficile reste sûrement de renoncer à souhaiter d’être perçus comme des sachants. L’autre jour nous avons assisté à une conférence d’un auteur célèbre à qui une participante a posé la question: “Connaissez vous le livre de … qui traite de ce sujet? Il pourrait vous intéresser.” Le conférencier a répondu “Oui oui je connais bien le titre du livre”. En tant que formateurs , ce serait dommage d’en arriver à un tel niveau ;).

Cinquième principe: un cadre “secure” et de “confiance” sont nécessaires pour l’apprentissage

Selon Knowles

En andragogie , le respect est le mot d’ordre de la relation entre le stagiaire et le formateur.

Il faut bien reconnaître ce que le stagiaire apporte au stage. Pour cela, le formateur doit s’assurer que le stagiaire se sent respecté par son superviseur et les autres collaborateurs. Il doit aussi le traiter en tenant en compte ses capacités et non de son niveau scolaire. Une atmosphère de confiance doit régner pendant le déroulement de l’apprentissage.

Le stagiaire doit se sentir libre d’émettre ses opinions et être capable de pratiquer les enseignements acquis dans un environnement sécuritaire.

Selon l’équipe des vigies

Il y a une multitudes de manières d’humilier des participants sans même le remarquer, que l’on soit soi-même participant ou formateur. Dans certains cas , une humiliation  en public (donc également en formation) peut générer des réactions en chaîne qui non seulement bloqueront l’apprentissage mais aussi créeront un ancrage, une souffrance, etc., même si vous le souhaitez pas.

C’est sur cette thématique que nous allons finir cet article.

Imaginons que vous animiez une formation où un participant coupe sans cesse la parole aux autres membres du groupe et parle beaucoup plus que tous les autres réunis, y compris vous. Deux personnes dans le groupe semblent particulièrement mal à l’aise avec cette situation et à chaque fois que vous essayez de soutenir leur regard , elles baissent les yeux. Vous mourrez d’envie de le faire taire en lui prenant la parole et en la donnant aux autres. C’est peut être risqué, autant vis-à-vis de la personne qui parle que des personnes qui semblent mal à l’aise.

Il est peut-être préférable de lui dire “Excuse-moi, je te prends la parole et te la rends dans un instant. S’il te plaît? Je te la rends. Merci. J’aimerais que l’on fasse un tour de table où chacun sera invité à présenter son regard sur la situation; sauf si vous ne souhaitez pas et à ce moment-là je vous invite à passer directement la parole à votre voisin. Je te rends la parole: on va donc commencer par toi. Je te demande résumer ton regard sur la situation puis de passer ensuite la parole à ton voisin de gauche. Ça te convient ? On t’écoute.”

Même si nous sommes “formateurs” , il y a une chose que nous avons à apprendre : à transmettre, à soutenir, à ne pas humilier. Et cette faculté ne dépend pas spécialement de l’habilité à réciter des informations devant un public. Ce qui se joue est au delà de ça.

Nous espérons que cet article vous a été agréable.

Si vous avez lu jusqu’ici et que vous avez envie d’approfondir la formation pour adultes, ou découvrir qui se cache derrière ses lignes, écrivez ou téléphonez nous.

Bonne journée,

L’équipe des vigies.