Dans l’équipe nous sommes inquiets par l’ampleur de ce qui va arriver dans les prochaines années. Le 2 janvier 2019 nous nous sommes lancés dans la traduction en français de deux articles scientifiques publiés en 2018.

La fin d’année 2018 nous a bien basculée. Par ci et par là nous entendons évoqués aux cafés, sur des réseaux sociaux, avec des tons monochordes proches des présentateurs télés, le sujet: “250 millions de réfugiés climatiques en 2050”. Cette attitude détachée d’aborder des chiffres qui nous dépassent nous y avons déjà été à plusieurs reprises confrontés avec quelques personnes qui travaillent sur ces “sujets” et qui  égrainent toute la journée des chiffres, des statistiques – tout en prenant des décisions pour “aider” ces “réfugiés (climatiques)”. Et cela sans jamais avoir partagé le quotidien – ou même été en lien – avec ceux qui ont tout quitté.

Des humains que l’on ne connaît pas. Ce ne sont pas juste “des réfugiés climatiques”.

Les articles que nous avons traduit nous ont interpellé car ils nous ont fait réfléchir: comment allons nous répondre et comment répondons nous? Acceptons nous de ne pas baisser les yeux, de partager le quotidien de celles et ceux qui doivent tout quitter, de nous taire et d’écouter? Et quelle part de réponse donnons nous chacun, seul, avec nos collègues, avec notre famille, avec notre réseau? Considérons nous qu’il existe différentes typologies de réfugiés ? Dans le droit international c’est une chose mais dans nos esprits?

Le premier des deux articles est  “Qui assume la responsabilité des réfugiés climatiques ?” de Bayes Ahmed. Nous avons présenté des extraits ci dessous de l’article qui visent à nous questionner sur le rapport suivant: Bayes a établi une forme d’estimation de responsabilité des populations contribuant aux dérèglements climatiques dans la migration forcée, de ce fait, d’autres populations qui en pâtissent. Originaire du Bangladesh, Bayes nous y rend visible la réalité des migrations climatiques.

Le deuxième traduit de manière intégrale est  “Est-il temps de reconnaître légalement les personnes déplacées par les perturbations climatiques?” de Lea Merone et Peter Tait. Avec la montée des eaux dans les Îles du Pacifique et les événements climatiques extrêmes, comment l’Australie réagit-elle déjà actuellement? Comment reconnaît-elle les réfugiés?

Extraits de la publication “Qui assume la responsabilité des réfugiés climatiques ?” de Bayes Ahmed

Extraits de l’article tel que publiés dans le International Journal of Climate Change Strategies and Management, Vol. 10 Issue: 1, pp.5-26 selon les termes de la licence Creative Commons BY-SA 4.0 International

Chaque paragraphe ci dessous est un extrait de l’étude de Bayes Ahmed. L’oeuvre complète en anglais est accessible à https://doi.org/10.1108/IJCCSM-10-2016-014.

« Si le changement climatique est réel, alors les réfugiés climatiques sont réels »

Cet article vise à proposer une méthode pour prendre en compte la responsabilité des réfugiés climatiques littéralement déracinés par des pays responsables de la pollution climatique. Il donne un aperçu critique de l’accueil des réfugiés climatiques (ceux qui n’ont pas les moyens de rebondir) par les pays responsables.

Et propose une méthode innovante qui prend en compte l’état de la pollution climatique, la consommation des ressources, l’économie et le développement humain pour résoudre le problème en apportant une justice humanitaire aux réfugiés climatiques ultimes.

Ce document propose une méthode innovante pour les réfugiés climatiques et montre qu’il n’existe pas de convention internationale pour la protection des réfugiés climatiques, mais que les victimes se retrouvent dans des camps de détention ou se voient refuser un abri dans des lieux ou des pays plus sûrs. Dans cet article, les réfugiés climatiques sont définis comme des ” personnes qui doivent quitter leur foyer et leur communauté en raison des effets du changement climatique et du réchauffement planétaire” (National Geographic Society, 2016).

Si on reconnaît notre responsabilité dans le dérèglement climatique, assumons nous notre responsabilité face aux populations les plus touchées?1

Il est intéressant de noter que, selon la base de données de la Banque mondiale pour 2014, seuls 10 pays émettent 69 % du total mondial de CO2, alors que 20 pays sont responsables de 82 % des émissions totales de CO2 dans le monde.

Les résultats de l’étude suggèrent que, dans les circonstances actuelles, l’Australie et les États-Unis devraient assumer chacun la responsabilité de 10 % de la part globale des réfugiés climatiques, suivis du Canada et de l’Arabie saoudite (9 % chacun), de la Corée du Sud (7 %) et de la Russie, l’Allemagne et le Japon (6 % chacun).


1

Quatre paramètres ont été identifiés comme pertinents pour la construction du modèle d’installation des réfugiés climatiques :

  • les émissions de CO2 par habitant (2011)
  • le RNB par habitant (2015)
  • l’indice de développement humain IDH (2014)
  • et la consommation des ressources par habitant de la planète.

1

Il a déjà été dit que les pays responsables du changement climatique produisent plus de CO2, consomment plus de ressources (r de Pearson = 0,85) et sont mieux lotis en termes de conditions économiques (r = 0,63) et de niveau de vie (r = 0,67). Les valeurs pour chaque paramètre des pays inclus ont été collectées auprès des sources les plus fiables (Banque mondiale, 2016 ; PNUD, 2015). Les paramètres relatifs aux émissions de CO2 et aux empreintes écologiques ont été utilisés pour identifier les pays pollueurs du climat (générateurs de réfugiés climatiques) et le RNB et l’IDH ont été utilisés pour mesurer la force d’accueil des réfugiés des pays responsables. Ces deux catégories ont été combinées avec des pondérations ajustées pour calculer la responsabilité totale des réfugiés climatiques par chaque pays responsable. On suppose également qu’un pays particulier qui pollue excessivement le climat (en émettant du CO2 et avec une empreinte écologique plus élevée) peut ne pas être capable d’accueillir une partie des réfugiés sur le plan socio-économique. Le modèle proposé neutralise cette incertitude en ajoutant les strates de développement économique (GNI) et de développement social (HDI) dans la répartition des réfugiés climatiques.

Des populations très impactées : illustrations avec l’exemple du Bangladesh1

World map, Varton 1

 

Au contraire, le Bangladesh est l’une des plus grandes victimes du changement climatique et est régulièrement frappé par des catastrophes liées à des événements climatiques.

Par exemple, environ la moitié de la population du Bangladesh vit à moins de 5 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer. On prévoit que le Bangladesh perdra 17 % de ses terres d’ici à 2050 en raison des inondations causées par le changement climatique, ce qui provoquera la mort d’environ 20 millions de réfugiés climatiques (Mallick and Vogt, 2012; National Geographic Society, 2016).

Si l’on considère que 161 millions de personnes vivent dans des zones où la densité de population est de 1 240 habitants au km2 et les facteurs de risque, le Bangladesh se classe au sixième rang mondial des pays les plus exposés aux catastrophes (UNU-EHS, 2015). Plus particulièrement, le grand cyclone Bhola de 1970 a fait 300 000 victimes ; le cyclone Sidr en 2007 a fait 3 406 morts et 2,3 millions de foyers endommagés ; le cyclone Aila en 2009 a fait 234 morts ; et les inondations de 1998 ont submergé environ deux tiers du Bangladesh (Huq, 2016; Ahmed et al., 2016; Mallick, 2014).

Bien que le Bangladesh soit classé 162e sur 199 pays sur la liste de The World Bank (2014) en termes de production de CO2, les impacts du changement climatique sont catastrophiques au Bangladesh. Quelques faits climatiques majeurs sur le Bangladesh sont les suivants :

  • Le Bangladesh figurera parmi les pays les plus touchés d’Asie du Sud par une hausse prévue de 2°C des températures moyennes mondiales au cours des prochaines décennies, avec l’élévation du niveau de la mer et l’intensification des chaleurs extrêmes et des cyclones qui menacent la production alimentaire, les moyens de subsistance et les infrastructures, ainsi que le ralentissement de la réduction de la pauvreté (The World Bank Group, 2013).
  • Environ 34 millions de personnes seront touchées et 22 000 km2 de terres seront inondés par 150 cm d’élévation du niveau de la mer qui se produira dans 150 ans, voire plus tôt. (UNEP, 2014).
  • Les événements climatiques extrêmes sont responsables des migrations et des conflits au Bangladesh. Cette migration serait suffisante pour provoquer un conflit dans l’environnement tumultueux d’aujourd’hui en Asie du Sud, ajouter quelques centaines de millions de personnes au mélange, et ce sera une bombe à retardement. (Litchfield, 2010).

Malgré un certain nombre de politiques d’atténuation mises en œuvre, il est clair que les impacts négatifs du changement climatique s’aggravent de manière alarmante(Kelman, 2010). Il est mentionné que “le changement climatique peut aggraver certains dangers, par exemple, les cyclones tropicaux semblent diminuer en fréquence mais augmenter en intensité en raison du changement climatique” (Kelman, 2016). Ce type de cyclone moins fréquent et d’intensité plus élevée est le plus susceptible d’entraîner des catastrophes. Il est également évident que :

[…] le Bangladesh côtier sera gravement touché par les changements climatiques au cours des prochaines décennies, avec l’élévation des températures de l’air et de la mer, l’élévation du niveau de la mer et l’intensification des cyclones qui menacent tous les moyens de subsistance et les vies humaines (Ahmed et al., 2016; Brammer, 2014).

Selon des estimations récentes, d’ici 2050, une personne sur 45 dans le monde (Brown, 2008) et une personne sur sept au Bangladesh sera déplacée par le changement climatique (CDMP II, 2014). Dans le contexte du Bangladesh, les réfugiés climatiques sont ceux qui ont perdu leur ferme, leurs terres arables ou leurs moyens de subsistance dans les zones rurales à la suite de catastrophes climatiques extrêmes. Dans la plupart des cas, les réfugiés climatiques émigrent vers les zones urbaines à la recherche de moyens de subsistance et de vie. À long terme, ils se convertissent en migrants économiques, et beaucoup d’entre eux se rendent à l’étranger en tant que travailleurs migrants. Comme les déplacements induits par le climat sont évidents aux niveaux national et international, les migrations climatiques doivent être traitées avec respect dans le contexte actuel du réchauffement planétaire et du changement climatique. Les réfugiés climatiques devraient également avoir droit à la responsabilité démocratique, à la durabilité écologique et à la justice sociale (CorpWatch, 2002).

En 2015, le gouvernement du Bangladesh a élaboré une ” Stratégie nationale sur la gestion des catastrophes et des déplacements internes provoqués par le climat (NSMDCIID) ” pour faire face aux multiples défis en matière de droits humains auxquels sont confrontés les populations migrantes à la suite de catastrophes climatiques (NSMDCIID, 2015). Il s’agit d’un grand succès en termes de reconnaissance des réfugiés climatiques et des migrations climatiques au Bangladesh, bien qu’il se concentre uniquement sur les populations déplacées à l’intérieur du pays ou migrantes en raison de risques climatiques. Cela devrait être considéré comme le premier jalon, mais il est encore nécessaire d’élaborer de telles stratégies formelles par le biais d’un consensus international pour partager le fardeau et les responsabilités des réfugiés climatiques avec les pays les plus polluants pour le climat (Table I).

Traditionnellement, la migration est traitée avec crainte, mais l’Unité de recherche sur les réfugiés et les mouvements migratoires (RMMRU) de l’Université de Dhaka a suggéré que la migration devrait être considérée comme une des techniques d’adaptation au changement climatique (Siddiqui, 2010). La RMMRU a constaté qu’une grande partie de la population se déplace des zones rurales vers les zones urbaines en raison de stress environnementaux ou climatiques. Une telle migration ne devrait pas être considérée comme une incapacité à s’adapter au niveau local ; elle devrait plutôt être bien acceptée comme une stratégie de survie (Siddiqui et al., 2014).

Justice climatique?1

Pour faire face aux impacts négatifs du changement climatique sur les communautés locales et les groupes vulnérables (y compris les communautés côtières, les petits États insulaires, les femmes, les jeunes, les peuples autochtones, les pauvres, les personnes handicapées et les personnes âgées), l’initiative “Justice climatique” a apporté un certain espoir. Le concept de justice climatique avec un cadre formel a vu le jour lors du Sommet mondial des Nations Unies sur le développement durable à Bali en juin 2002. Les 27 principes de la justice climatique ont été élaborés par une coalition lors du sommet. (CorpWatch, 2002). Il a ajouté:

[…] la plus grande injustice du changement climatique est que les plus durement touchés sont les moins responsables de sa contribution au problème, et le changement climatique est causé principalement par les sociétés industrialisées et transnationales

Les principes mis en exergue sur l’élimination des impacts du changement climatique, la réduction des GES, l’influence des sociétés en transition sur la prise de décision, l’absence de responsabilité des industries fossiles et extractives et l’organisation de l’indemnisation des victimes du climat. Elle appelle également à l’interdiction des nouveaux combustibles fossiles, de l’énergie nucléaire et de l’exploitation des grandes centrales hydroélectriques. Au lieu de cela, il est nécessaire de générer des ressources énergétiques durables, d’accroître les besoins en matière de droits des femmes, de promouvoir une éducation appropriée, de consommer les ressources de manière raisonnable et de créer une planète saine pour les générations futures. (CorpWatch, 2002). Les principes 7, 8 et 9 du document appellent à la reconnaissance d’une dette écologique que les gouvernements industrialisés et les sociétés en transition ont envers le reste du monde, les identifient comme responsables de tous les impacts passés et actuels du cycle de vie et affirment les droits des victimes du changement climatique et des injustices associées à recevoir une indemnisation, une restauration et une réparation complètes de la perte des terres, des moyens de subsistance et autres dégâts (CorpWatch, 2002; Goodman, 2009). Cela traduit l’idée de rendre justice aux victimes ultimes du climat – les réfugiés climatiques. Un thème central de la justice climatique est la prise en charge des réfugiés climatiques par les pays pollueurs et leur réhabilitation adéquate. (Okereke, 2010). C’est le concept de base de ce document, basé sur les principes de la justice climatique.

L’auteur

Bayes Ahmed peut être contacté à l’adresse suivante : bayesahmed@gmail.com et bayes.ahmed@ucl.ac.uk

Bayes Ahmed (www.bayesahmed.com) travaille actuellement comme chercheur associé à l’Institut humanitaire de l’UCL. Il est également affilié en tant que chargé de cours au Département des sciences et de la gestion des catastrophes de l’Université de Dhaka, au Bangladesh. Récemment, il a travaillé avec les communautés vulnérables aux inondations et aux glissements de terrain au Ladakh, en Inde, aux tremblements de terre à Manta, en Équateur, aux sécheresses à Naogaon, au Bangladesh et aux cyclones dans la ceinture côtière du Bangladesh. Sa thèse de doctorat à l’UCL porte sur la vulnérabilité des communautés aux glissements de terrain dans les districts de Chittagong Hill au Bangladesh. Il a terminé avec succès son doctorat en réduction des risques de catastrophe à l’UCL en septembre 2017. Auparavant, il a obtenu une maîtrise ès sciences conjointe en technologies géospatiales de l’Espagne, de l’Allemagne et du Portugal en 2011 et un baccalauréat en planification urbaine et régionale (BURP) de la Bangladesh University of Engineering & Technology (BUET) en 2008. Il est un chercheur du Commonwealth et de la Commission européenne.

Références de l’article

1: Titres ou illustrations ajoutées par les vigies

Publication intégrale “Est-il temps de reconnaître légalement les personnes déplacées par les perturbations climatiques?”

Auteurs: Lea Merone, Peter Tait. Première publication le 20 Novembre 2018, dans le Australian and New Zealand Journal of Public Health selon les termes de la licence Creative Commons BY-NC-ND 4.0 International.

L’article en anglais peut être accédé en anglais sur le lien suivant: https://doi.org/10.1111/1753-6405.12849. Autour de nous – associations, état, citoyens – utilisent google translate pour traduire ce type d’articles, de l’Anglais au Français. La présente traduction est une traduction de l’article que nous espérons bien meilleure que gogole translate et est destinée à un usage privé. À la demande de l’éditeur / auteur cette traduction pourra être enlevée du site. Merci pour votre compréhension.

Les perturbations climatiques et leurs conséquences constituent une nouvelle crise de santé publique.1 Bien que l’accent soit mis sur l’adaptation et l’atténuation, il n’existe pas de plan à long terme pour soutenir ceux qui sont confrontés aux déplacements environnementaux.

L’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre (GES) entraînera une hausse perpétuelle des températures moyennes mondiales. Les précipitations mondiales augmenteront avec d’importantes variations géographiques ; certaines régions connaîtront beaucoup plus de précipitations et d’autres beaucoup moins. L’augmentation des températures mondiales entraînera probablement un amincissement continu de la glace de mer de l’Arctique et de l’Antarctique. Les températures globales des océans augmentent dans tous les modèles prédictifs ; le réchauffement des grands fonds marins est associé à l’élévation du niveau de la mer. On s’attend à ce que la fréquence et la gravité des ouragans et des cyclones augmentent2.

Ces changements climatiques sont susceptibles d’entraîner un certain nombre d’effets néfastes pour l’homme, notamment l’insécurité alimentaire3, la sécheresse et la dégradation concomitante de l’eau potable4, l’augmentation des maladies infectieuses5 et des maladies à transmission vectorielle 6. Les sécheresses devraient laisser 700 à 1500 millions de personnes sans eau 7. Alors que les ressources vitales telles que la nourriture et l’eau potable deviennent de plus en plus rares 8, il n’est pas inconcevable qu’un conflit puisse éclater. Ce sont là quelques-unes des raisons les plus imminentes pour lesquelles les populations risquent d’être déplacées en raison des perturbations climatiques 9.

Les perturbations climatiques posent deux problèmes physiques importants pour les voisins australiens, les États insulaires du Pacifique : l’élévation du niveau de la mer et les effets négatifs des inondations et de la sécheresse sur l’approvisionnement en eau. En tant qu’archipel de faible altitude, moins de la moitié de la population de certains États a un accès adéquat à l’eau potable10 et ces îles sont gravement menacées par l’élévation du niveau de la mer et les submersions qui en résultent. Les perturbations climatiques ne sont pas la seule cause de déplacement ; cependant, elles exacerbent les problèmes existants dans une mesure qui ne serait pas le cas autrement.11

D’ici 2050, on estime à 200 millions le nombre de personnes dans le monde qui seront déplacées par les changements climatiques.12 En dehors des événements soudains et catastrophiques tels que les tremblements de terre ou les inondations, les perturbations climatiques sont un processus lent.13 Cette lenteur a entraîné une confusion quant à la nomenclature des personnes déplacées par les changements climatiques et conduit à des difficultés pour établir des précédents juridiques.

L’Association internationale pour l’étude de la migration forcée inclut les personnes déplacées par des catastrophes naturelles et des changements environnementaux parmi les raisons de la migration nécessaire.14 Il est difficile de soutenir que ces personnes devraient rester dans leur pays d’origine si la terre ne leur permet plus de vivre. Classer ces personnes dans la catégorie des migrants est erroné, car un migrant est défini comme une personne qui a volontairement quitté son pays d’origine et peut y retourner à tout moment ; pour les personnes déplacées par les perturbations climatiques, le retour ne serait probablement pas possible. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) déclare qu’il est de plus en plus difficile de classer les personnes déplacées par catégorie en raison des conflits, des perturbations climatiques et des pressions économiques.12 L’Organisation internationale pour les migrations définit les ” réfugiés environnementaux ” comme ceux qui sont obligés de quitter leur foyer en raison de changements environnementaux soudains ou progressifs qui affectent leur vie ou leurs conditions de vie.15

La définition australienne du réfugié – une personne qui a quitté son foyer en raison de craintes ou de persécutions raciales, religieuses, sociales ou politiques – ne comprend pas les personnes déplacées par les perturbations climatiques.16 L’obtention légale du statut de réfugié signifie que l’Australie a l’obligation internationale de protéger les droits humains des réfugiés qui arrivent dans le pays, indépendamment de la possession de visas. Le principe de non-refoulement garantit que ceux qui remplissent les conditions requises pour obtenir le statut de réfugié ne peuvent pas être renvoyés dans leur pays d’origine.17 Les réfugiés peuvent vivre et travailler dans la société australienne et s’établissent souvent dans des zones non métropolitaines, ce qui crée une économie positive et croissante, contribuant souvent à combler les pénuries de main-d’œuvre dans les emplois peu rémunérés.18 L’Australie accueille environ 12 000 réfugiés chaque année et ces personnes font face à des obstacles considérables, notamment des barrières linguistiques, un accès au travail, puis à la santé.19

L’Australie possède l’un des systèmes de détention d’immigrants les plus restrictifs au monde ; la détention de certains réfugiés sans limite de temps et la capacité de contester la détention devant un tribunal.20 Il reste encore beaucoup à faire pour prendre soin des réfugiés qui entrent actuellement en Australie ; beaucoup diraient que le traitement actuel des réfugiés dans les centres de détention constitue une violation des droits humains.21 Cependant, avec la question urgente des perturbations climatiques, particulièrement dans les îles du Pacifique, un argument doit être présenté pour élargir sans délai la définition du réfugié.

Fournir un soutien aux réfugiés est un défi ; la crise mondiale actuelle de 22,5 millions de réfugiés a mis à rude épreuve les ressources de l’État du HCR. Ce n’est qu’une partie de l’histoire ; il y a un total de 65,5 millions de personnes déplacées dans le monde et il est clair que nombre d’entre elles n’ont pas le statut de réfugié. L’arrivée de réfugiés climatiques sera écrasante. Compte tenu de la crise actuelle, certains plaident en faveur d’une classification différente des personnes déplacées par les bouleversements climatiques. Cependant, cela pourrait prendre des décennies. L’Initiative Nansen, qui a débuté en 2012, a débuté sur cette question, mais les consultations semblent avoir cessé.22

Les habitants des îles du Pacifique hésitent à être qualifiés de “réfugiés” et seraient favorables à une migration planifiée. Kiribati compte 100 000 habitants et Tuvalu, 10 000, et la migration sera probablement progressive.11 L’Australie n’a pas de traité spécifique pour l’émigration des peuples des États insulaires du Pacifique ; par conséquent, sans liens familiaux ou antécédents de travail qualifié, cette migration est difficile, voire impossible. Actuellement, le gouvernement de Kiribati espère une migration ” fondée sur le mérite ” pour les personnes éligibles. Les membres de la famille peuvent alors émigrer sur la base de liens avec l’Australie.11Cela laissera peu d’options à ceux qui ne sont pas admissibles à migrer «  au mérite ». Lorsque l’on examine les plans de migration pour ceux qui sont les plus touchés par les perturbations climatiques, il est important de se rappeler que ceux qui contribuent le moins au réchauffement de la planète en subissent les effets de manière disproportionnée ; on peut donc soutenir que les grands pollueurs ont une obligation morale d’aider.23

De peur de perdre leur identité culturelle et leur foyer, beaucoup d’entre eux ne veulent pas quitter leur île 23 ; des décisions qui pourraient être préjudiciables étant donné leur incapacité à s’adapter au changement climatique. Si l’on ajoute à cela le faible niveau d’alphabétisation scientifique de nombreux habitants de Tuvalu, qui croient qu’une relation avec Dieu épargnera leur patrie, le risque de tragédie augmente.24

Les ambassadeurs des îles du Pacifique estiment que la migration est défaitiste et irresponsable à l’échelle mondiale, préconisant plutôt l’atténuation et l’adaptation.23 La migration climatique est considérée comme potentiellement dommageable sur les plans géopolitique et économique.15, 23 Cependant, pour de nombreuses îles, l’atténuation est peut-être trop tardive et la migration prévue reste la seule option.

Un traité entre les îles et l’Australie permettrait de se rendre en Australie et de programmer l’accès à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé. Les populations déplacées souffrent généralement d’une myriade de problèmes de santé, y compris des traumatismes psychologiques souvent liés à la perte de culture et d’identité, aux maladies infectieuses et aux carences nutritionnelles .25 L’isolement linguistique et social constitue un obstacle à l’accès aux soins. Sans statut légal de réfugié, ces problèmes de santé et ces obstacles sont encore plus profonds.

La Nouvelle-Zélande montre actuellement la voie à l’Australie et au reste du monde en reconnaissant les perturbations climatiques comme une cause de déplacement de population et en élaborant des plans de migration avec les personnes imminemment touchées.26

Certains affirment qu’un traité ne résoudra pas les problèmes et que la bataille pour en obtenir un ne doit pas éclipser les mesures visant à aider ceux qui sont gravement touchés par les changements climatiques. Bien qu’il s’agisse d’un point essentiel, à moins qu’un traité ne soit élaboré pour aider ces personnes, des populations entières risquent de perdre leurs maisons et n’ont guère la possibilité de reconstruire. Malgré les défauts d’une stratégie fondée sur un traité, il est universellement reconnu qu’une coopération internationale est nécessaire de toute urgence pour accueillir les personnes déplacées par le changement climatique.11 Il est urgent d’élaborer un protocole indépendant et distinct sur la reconnaissance, la réinstallation et la protection des réfugiés climatiques.7 Les personnes confrontées à un déplacement dû aux perturbations climatiques ont un besoin urgent de se faire entendre  et d’élaborer un plan – maintenant.

Références