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 Comment choisir la licence libre qui nous convient? Pourquoi partagerions nous notre travail puisque nous y avons passé du temps et que les autres non? Ce tutoriel a été réalisé dans le cadre d’une contribution bénévole au MOOC Gouvernance Partagée (Colibris, Université du Nous).

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Lorsqu’on parle de gouvernance, on pense souvent à la gouvernance en équipe ou en organisation. Mais la gouvernance peut aller beaucoup plus loin. Et c’est ce que nous allons explorer à travers cette vidéo.

Les belles idées dont les recettes sont cachées aux yeux du monde

Le premier cas que j’aimerai vous soumettre, c’est celui d’une belle idée bien sous contrôle.

Sven est un porteur de projet de 32 ans. Il a conçu une machine fixée à l’arrière des bateaux de plaisante qui permet de récupérer les polluants dans les ports maritimes. Voilà 2 ans que son projet marche bien, très bien même, les commandes affluent.

La raison d’être de l’entreprise – qu’il affiche partout – c’est « dépolluer les océans ».

Sven a décidé de ne pas partager les plans de sa machine. Il décidé de verrouiller son idée aux yeux du monde.

Pourtant on pourrait se dire : Sven pourrait partager son idée pour qu’elle se propage et puisse être réutilisée par d’autres porteurs de projets, par exemple pour dépolluer les rivières ? Il a une vocation environnementale, alors pourquoi ne partage t-il pas son idée au monde?

Au début je me disais que c’était principalement pour des raisons économiques. Puis je me suis rendu compte qu’il y avait de nombreux autres avantages à cela.

Parmi elles, lorsque vous verrouillez une idée remarquable, vous bénéficiez celui d’un nouveau rôle : celui de REFERENT, de FONDATEUR. Et vous êtes reconnu comme tel. Vous POSSEDEZ la vision, et vous êtes le seul. Et ça fonctionne aussi en équipe.

Les belles idées dont les recettes sont accessible au monde. Libertés et responsabilités.

Le deuxième cas que j’aimerai vous soumettre, c’est celui d’un porteur de projet qui a pensé son idée pour qu’elle ait une chance d’avoir de l’impact

Daniel à quant à lui à inventé une éolienne qui coûte 30€, à partir de matériaux de récupération. Je vais vous montrer sur mon ordinateur.

Daniel a réalisé un tutoriel pour que le plus grand nombre puisse s’en inspirer et réutiliser son idée. Dans l’idée que son idée puisse se propage il a conçu un tutoriel.

Le voici par exemple en anglais. Vous pourriez aussi le trouver en français.

Et pour que sont idée puisse être vue, Daniel a parlé de sa conception sur différents sites, dont sur http://instructables.com ou sur http://poc21.org.

Mais le plus important ce n’est pas ça.

Le plus important à mon avis c’est le petit logo là. C’est parce que ce petit logo – Creative Commons – est là, que Daniel a autorisé tout un tas de monde – au niveau international – à réutiliser son idée.

Enrichir ses droits avec une licence libre

Ce miracle, c’est celui de la gouvernance des données. Daniel lui, ce qu’il veut, s’est que son idée se propage. Et il sait que de base, en France, toutes vos publications – papiers ou numériques – sont soumises au droit d’auteur que l’on pourrait nommer « copyright ». Il est interdit à quiconque de réutiliser vos documents. Juridiquement parlant.

Daniel a envie que son idée soit utile et donc qu’elle puisse être réutilisée.

C’est pourquoi il a décidé d’enrichir ses droits d’auteur en publiant son tutoriel sous une licence libre. C’est cette licence qui fixe au niveau international les libertés et les devoirs de toutes celles et ceux qui vont réutiliser le tutoriel de Daniel. C’est le petit logo que vous avez précédemment vu.

Avec cette licence libre, Daniel dit à tout individu au niveau international:

– qui que vous soyez, vous avez le droit de réutiliser mon tutoriel

– et même plus fort, vous avez le droit de construire des éoliennes

– et mêmes plus fort, vous avez le droit de réadapter mes plans. Si vous avez envie de construire des éoliennes différentes des miennes faites vous plez.

Çà c’est les libertés.

Maintenant les devoirs. Daniel dit aussi « qui que vous soyez, si vous réutilisez une partie ou l’intégralité de mon tutoriel, vous êtes dans l’obligation de me citer ».

Une licence libre, c’est des libertés et des devoirs pour celles qui vont réutiliser vos documents. Et c’est vous qui les choisissez ces libertés et ces devoirs.

Favoriser un monde … différent

Pour en revenir à Daniel, ce qui s’est passé pour lui c’est que son idée s’est disséminée partout en Europe. De nombreux individus et d’équipes de nationalité différentes ont réutilisé et réadapté l’idée de Daniel. Le nom de Daniel voyage.

Aujourd’hui, Daniel passe beaucoup de temps à améliorer sa conception et à animer des formations. Et oui : si vous partagez un tutoriel sur comment fabriquer une éolienne, on va vous demander des formations Ce n’est pas parce que des lecteurs sont exposés à un tutoriel qu’il vont le comprendre. En partageant un tutoriel, Daniel nous a offert la liberté d’aller plus loin et d’apprendre par nous même. Et parfois nous aimons bien apprendre au contact de celles et ceux qui ont parcouru le chemin. D’où l’activité de formation de Daniel.

Autre effet secondaire, vu que l’idée de Daniel s’est propagée, d’autres porteurs de projets viennent maintenant proposer lui des améliorations de ses plans initiaux.

Alors, comment est-ce qu’on choisit les droits et les libertés qu’on offre au monde ?

C’est une décision particulière car c’est une démonstration d’ouverture sur le monde. Là je suis sur le site de Creativecommons.org. Creative Commons propose différents niveaux de licence.

Comment ça marche ? Vous placez le logo de la licence qui vous convient sur votre document. Et c’est suffisant. De base toute personne qui réutilisera votre document sera dans l’obligation de vous citer. Ca c’est facile.

Le plus difficile c’est de clarifier votre posture sur la liberté que vous offrez à d’autres.

La première question c’est : est-ce que vous autorisez que d’autres personnes puissent réadapter votre travail, votre document à leur contexte. Et ceci sans vous demander l’autorisation, sans partenariat ? Est-ce que j’autorise d’autres à réadapter les plans initiaux de mon éolienne à 30€.

Oui / Non, à l’identique / Oui, sous une licence libre équivalente. Celui là est intéressant. Quiconque utilise une partie ou l’intégralité de votre document doit à son tour le publier sous une licence libre. Et ainsi, la connaissance commune s’enrichit.

Deuxième question : est-ce que j’autorise la réutilisation du document à vocation commerciale ? Genre si je suis sous un statut associatif et que je conçois une éolienne, est-ce que j’autorise les coopérative à réutiliser mes plans pour enrichir leurs éoliennes ? Question intéressante : l’utilité est-elle liée à l’aspect financier ? Y a t-il d’un côté le non lucratif et de l’autre côté le lucratif.

Une fois que votre choix est fait, mentionnez sur votre document ou site la mention de la licence. Et voila, c’est fait !

Accepter que nos conceptions puissent aller au delà de nous même

Daniel, en publiant son invention sous une licence libre, a parié sur sa réutilisation au-delà de lui, sur les liens humains, la formation.

Sven – et sa machine a dépolluer les océans – a misé sur … Et bien justement, sur quoi a t-il misé ? Il paye 5000€ par an de brevet, fait une veille de la concurrence, et tant de ports sont toujours pollués. Il en a dépollué quoi, 3 ports ? Comment en aurait-il dépollué s’il avait distribué ses plans sous licence libre ? Et même au niveau économique, ce n’est pas du tout dit qu’il aurait moins gagné.

La gouvernance dont je vous parle avec l’exemple de Daniel, c’est celle qui est pensée pour avoir une chance d’être utile.

C’est celle d’une équipe qui a initié la technologie wiki. Aujourd’hui vous avez wikipedia, des wiki sur la cuisine, la botanique, la couture, … heureusement qu’ils ont publié la technologie sous une licence libre qui autorise d’autres à la réutiliser.

C’est la gouvernance de Firefox, de Framasoft. C’est celui de multibao.org, du réseau francophone de la botanique Tela Botanica.

Celle la gouvernance qui permet à vos conceptions d’aller au-delà de vous et de vos équipes. C’est celle qui fait que même si vous mourez, et même si arrêtez votre projet, d’autres auront la chance de pouvoir le réutiliser.

C’est la gouvernance de toutes celles et ceux qui acceptent que leurs conceptions puissent aller au-delà d’eux.

Un monde verrouillé ? Un monde à notre image ? Ou un monde qui peut aller ailleurs?

Vous connaissez sûrement le dicton :

Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. En fait pour aller plus loin le monde il devrait être capable d’aller ailleurs.

Quand tu verrouilles ton idée, aussi belle soit-elle, le monde il va pas aller ailleurs. En tout cas tu vas pas l’aider à le faire.

Quand tu es du domaine – je ne sais pas moi – du domaine de l’éducation populaire. Tu as des ressources pédagogiques à partager. Et tu dis: mes ressources pédagogiques, c’est que pour les gens là autour de moi de l’éducation populaire. Et bien tu vas pas aider le monde à aller ailleurs, tu favorises des gens qui te ressemblent, tu es en train de favoriser un monde à ton image sûrement.

Mais quand tu as des enfants qui se promènent sur le web, et qu’ils construisent des drones sous-marins pour des Aires Marines Éducatives, ils les ont fabriqué à partir de plans de drones volants, ils ont trouvé les plans sur internet. Ils étaient sous licence libre.

Lorsque tu as des éoliennes qui se propagent et qu’il y en a plein de modèles, c’était des plans qui étaient sous licence libre.

Lorsque t’as un éditeur collaboratif qui se propage, comme par exemple les framapad de Framasoft, ces éditeurs collaboratifs tu les retrouve jusque dans les services de l’état – ils ont réadapté le code.

Ça c’est des licences libres. C’est un choix de posture que tu acceptes que les choses peuvent être réutilisées – et donc utiles – au delà de ce que toi tu es capable d’imaginer. Et je crois qu’on a un gros choix de gouvernance à faire là dessus: verrouillé / monde à notre image / ou alors une gouvernance qui permet au monde d’aller ailleurs, et qui n’a pas besoin d’attendre que nous on évolue pour que lui évolue. Où l’on renforce l’autonomie du monde.

Si vous pensez que vous n’avez pas le temps, alors ne partagez que ce que vous avez de plus précieux. Mais s’il vous plaît: partagez le sous une licence libre.

Écriture du script & narration: Thomas Wolff

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Facilitation graphique: Julie Boiveau

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Cet article est publié sous la licence Creative Commons BY-SA. Ce que cela change concrètement pour moi….